Guide pour les professionnels

Ce guide s’adresse aux thérapeutes, psychologues, ergothérapeutes, éducateurs et enseignants spécialisés qui souhaitent utiliser Super TSA en séance ou entre les séances. Il explique comment lire chaque mécanique du jeu, comment utiliser le mode thérapeute et ses scénarios, et quels repères éthiques nous nous sommes fixés.

Pour le fonctionnement détaillé du jeu (commandes, missions, lieux), voir le guide de jeu. Super TSA n’est pas un dispositif médical et ne remplace pas une évaluation clinique.

1. En bref : ce que le jeu permet en séance

Se reconnaître

Le joueur vit une journée ordinaire (maison, ville, travail, fête) avec un profil qui lui ressemble. Beaucoup de personnes disent « c’est exactement ça ».

Mettre des mots

Cuillères, stress, crise, burn-out : le jeu donne un vocabulaire commun, concret et visuel, pour parler de ce qui est difficile à dire.

Essayer des stratégies

Casque, pause au calme, routine, minuteur, animaux : on voit dans le jeu ce qui aide, puis on en parle pour la vraie vie.

Suivre entre les séances

Dans « Mon espace », le patient peut noter, s’il le souhaite, comment il se sent au fil des jours, puis préparer un résumé pour la séance.

2. Les mécaniques, lues par un professionnel

Les cuillères : l’énergie disponible

Inspirées de la théorie des cuillères, elles représentent l’énergie de la journée. Les tâches en coûtent, certains moments en rendent (repos, passion, animaux, sommeil). À zéro, le personnage fait un shutdown par épuisement.

Utile pour parler : de l’anticipation de la fatigue, des priorités, du droit de renoncer à certaines tâches.

Le stress et la « ligne blanche »

Le stress monte avec les sollicitations (bruit, foule, imprévus, échanges sociaux). Chaque lieu a un stress minimum (la ligne blanche) : en ville, il ne descend pas sous 40 %. Le casque, les coins calmes, la balle anti-stress ou les animaux le font baisser.

Utile pour parler : de ce qui fait monter la tension, des environnements à aménager, des outils qui aident.

Le profil sensoriel

Dans le Profil, six sensibilités se règlent sur Faible, Moyen ou Fort : bruit, lumière, agitation, odorat, toucher, goût. Elles changent réellement la hausse du stress dans les situations concernées.

Régler le profil avec le patient, en séance, est en soi un exercice précieux : « Le bruit, pour toi, c’est plutôt faible, moyen ou fort ? » On peut ensuite rejouer la même rue avec deux profils différents.

La crise : meltdown ou shutdown

Au-delà d’un seuil de stress, le personnage vit une crise, sous la forme choisie dans le Profil (vers l’extérieur ou vers l’intérieur). Elle est montrée avec respect, jamais comme une punition : signes avant-coureurs, moment de crise, puis temps de récupération. Le réglage « Ressenti de crise » (Options) atténue ou coupe l’effet visuel pour les personnes que cela pourrait heurter, sans changer la mécanique.

Utile pour parler : des signaux d’alerte, d’un plan de crise, de ce que l’entourage peut faire ou éviter.

Le burn-out autistique

L’usure s’accumule lentement (licenciement, crises, journées sans répit, masquage) et réduit la réserve de cuillères, de 15 jusqu’à 9. Les cuillères perdues restent visibles, grisées. Le burn-out est réversible : repos, routines, moments pour soi le font reculer. Désactivable dans le Profil.

Le terme « burn-out autistique » est utilisé, et non « dépression », qui est une notion clinique distincte.

Le TDAH

Le TDAH est fréquent chez les personnes autistes (environ 30 à 50 % selon les études). Le Profil propose trois traits, réglables séparément (faible, moyen, fort). Chacun montre une difficulté et une stratégie concrète qui aide, à discuter pour la vraie vie :

TraitDans le jeuCe qui aide
InattentionLes tâches de la maison s’accumulent (vaisselle, linge, fleurs, hygiène). Décrocher de la télévision, d’un jeu vidéo, du divan ou de sa passion prend plus de temps que prévu (hyperfocus) : 30 min de plus au niveau moyen, 1 h au niveau fort.Un minuteur, acheté au centre commercial et choisi en lançant l’activité.
HyperactivitéLes corvées sont plus longues et plus coûteuses. L’endormissement prend plus de temps (« le cerveau qui ne s’éteint pas ») : au niveau fort, une cuillère de moins au réveil.Lire un peu avant de dormir : un moment calme, sans écran.
ImpulsivitéAu centre commercial, une envie d’achat par visite : céder coûte de l’argent, résister demande un effort (un peu de stress). En réunion, l’envie de dire son idée tout de suite, en coupant la parole.Une liste de courses préparée le jour même ; noter son idée pour attendre son tour.

Le joueur garde toujours le choix : le jeu ne bloque jamais une action et ne fait jamais de reproche. Il montre ce que ça coûte, et ce qui aide.

La routine

Refaire les mêmes premiers gestes du matin dans le même ordre donne un bonus de routine : la prévisibilité rassure. Utile pour parler de la place des routines et de la gestion des changements de programme.

Les animaux

Chien, chat, chevaux : on crée le lien à leur rythme (s’accroupir, tendre la main, caresser, jouer). Les moments avec un animal apaisent le stress et aident à récupérer du burn-out.

Les actions atypiques, le carnet et le mode « Et toi ? »

  • Actions atypiques : en situation de stress, des comportements souvent mal compris (se balancer doucement, jouer avec ses doigts en rythme, observer les ombres sur le sol…) sont proposés comme des stratégies de régulation légitimes.
  • Le carnet (Sac à dos) garde la trace des actions atypiques faites, des rencontres vécues et des questions posées. Une section « Ce qui m’a aidé » y ajoute les stratégies utilisées (casque, balle anti-stress, moment avec un animal, minuteur, passion, pause au calme, liste de courses, noter ses idées en réunion, moment calme avant de dormir). Le joueur peut marquer « Ça me parle » ou « Moi aussi » : un excellent point de départ de discussion.
  • Le mode « Et toi ? » (Options) pose de temps en temps une question ouverte après une rencontre ou une action atypique, pour faire le lien avec la vie du joueur.

Les rappels d’aide

Activés par défaut (Options), de petits rappels discrets s’affichent en haut de l’écran, sans interrompre le jeu : le travail qui approche, l’énergie qui baisse, le stress qui monte quand le casque pourrait aider, la vaisselle qui s’accumule. Chacun au plus une fois par jour, sur un ton informatif. Les repères extérieurs sont une stratégie classique pour l’inattention : utile pour parler, avec le patient, des rappels qu’il pourrait mettre en place dans sa vie.

Une invitation à transmettre au patient : entre les séances, l’encourager à rester attentif à ce qui lui parle, et à le marquer « Ça me parle » ou « Moi aussi » dans son carnet, qu’il s’agisse d’une situation vécue ou d’une stratégie qui l’a aidé. Ce sont ces marques qui donnent le plus de matière à la séance : elles remontent dans le résumé « Pour ma séance ».

3. Le mode thérapeute

Il s’ouvre depuis l’écran titre : bouton Mon espace, onglet Mode thérapeute. On y trouve deux choses.

Le mode lui-même

Une fois activé : raccourcis directs depuis la maison vers le travail, l’école et la fête ; pas de salaire, jamais d’avertissement ni de licenciement. Il sert à explorer librement les lieux en séance. Un badge « Mode thérapeute » s’affiche en jeu ; un clic dessus propose de le désactiver.

Les scénarios à lancer en direct

Chaque scénario place directement le personnage dans une situation précise (lieu, jour, heure, énergie, stress, métier), avec les règles normales du jeu. Inutile de jouer toute une semaine pour arriver au moment qui vous intéresse.

La partie du patient est protégée. Au premier scénario lancé, sa partie est mise de côté. Le bouton « Revenir à ma partie » la remet telle quelle. Un badge « Mode scénario » rappelle en jeu qu’on est dans un scénario ; un clic dessus arrête le scénario et ramène directement à l’écran du mode thérapeute, pour en lancer un autre, lire le rapport ou revenir à la partie.

Le rapport de scénario : à tout moment, Mon espace > Mon scénario résume ce qui s’est passé depuis le lancement du dernier scénario : cuillères et stress (au départ, maintenant, extrêmes), temps écoulé dans le jeu, crises, ce qui a aidé, actions atypiques. Il se partage ou se copie comme le résumé « Pour ma séance ».

Avant / après : relancer le même scénario garde l’essai précédent, et le rapport met les deux essais l’un sous l’autre, suivis d’une question ouverte : « Qu’est-ce qui a changé entre les deux essais ? ». Le jeu donne les faits, sans jamais dire « mieux » ou « moins bien » : l’interprétation se fait avec le patient. Pour les trois scénarios qui commencent sans casque (Rue bruyante, Au bord de la crise, Centre commercial), le lancement propose « Sans casque » ou « Avec le casque », et le rapport le note. Un exemple : un premier essai sans casque, puis le même avec, pour voir concrètement ce que change un aménagement. Ailleurs, on peut comparer d’autres choix du patient (mettre ou non son casque, faire une pause, noter ses idées en réunion…).

ScénarioÀ observerPistes
Matin difficile à la maison
lundi 7h30, 4 cuillères
Par quoi commencer quand tout s’accumule, comment répartir l’énergie avant de partir.Priorités, routines du matin, accepter de laisser des choses pour plus tard.
Arrivée en retard au travail
lundi 9h40
La réaction face à la remarque, la suite de la journée sous pression.Imprévus du matin, aménagement des horaires, expliquer sa difficulté à son employeur.
La réunion imprévue
mardi 10h
Le choix fait et ce qu’il coûte.Demander l’ordre du jour à l’avance, prendre des notes, signaler une surcharge, faire des pauses.
Convoqué chez le directeur
mercredi 8h30
L’anxiété d’anticipation, la façon d’aborder l’entretien.Se préparer à un entretien, se faire accompagner, demander des aménagements raisonnables.
La rue bruyante
lundi 8h15, sans casque
Quelles situations font le plus monter le stress, quelles stratégies sont choisies.Profil sensoriel, outils comme le casque, itinéraires plus calmes.
Au bord de la crise
jeudi 17h30, stress 78 %
Les signes avant-coureurs, ce qui aide à redescendre.Reconnaître ses signaux, plan de crise, ce que l’entourage peut faire ou éviter.
À bout d’énergie
jeudi 18h, 1 cuillère
Ce qui est choisi avec si peu d’énergie.La théorie des cuillères, anticiper la fatigue, renoncer à certaines tâches sans culpabiliser.
Au bord du burn-out
lundi 7h30, réserve de 11 cuillères
Comment organiser une journée avec moins d’énergie, ce qui est abandonné ou gardé.Signes du burn-out autistique, récupération, aménagements, oser ralentir.
Samedi au centre commercial
samedi 15h, sans casque
Comment se déroulent les achats dans le bruit, ce qui est acheté en premier.Préparer une sortie, choisir des horaires calmes, faire une liste.
Une journée de magasinier
mardi 8h30, entrepôt
La gestion des imprévus, du bruit et de la pression du temps.Changements de consignes, prévisibilité au travail, demander des consignes écrites.
Surveillant à l’école
mercredi 8h30
La gestion de demandes qui arrivent sans prévenir, dans le bruit d’une cour.Interruptions, multitâche, besoin de pauses.
La fête du vendredi soir
vendredi 21h
L’énergie que coûtent les échanges, le besoin de s’isoler et le moment choisi pour partir.Préparer une sortie sociale, s’autoriser à partir, convenir de signaux avec un proche.
Un moment avec les animaux
samedi 11h, au village
L’effet apaisant, le rythme choisi pour s’approcher.Ressources d’apaisement, contact avec les animaux, activités qui ressourcent.
Dimanche et routines
dimanche 10h, journée calme
La place des routines dans la journée, l’effet d’un changement d’ordre.Routines rassurantes, prévisibilité, gérer les changements de programme.

4. « Mon espace » : le journal d’humeur et le résumé pour la séance

Mon espace est une partie à part du jeu : elle ne concerne pas le personnage, mais la personne qui joue. On l’ouvre par l’icône en forme de croix (avec le symbole de l’infini) à côté du sac à dos, ou par le bouton « Mon espace » de l’écran titre. Une phrase le rappelle en permanence : « Ici, on parle de toi, pas de ton personnage. Tout est facultatif, et rien n’est envoyé sans ton accord. »

Mon humeur

Le joueur peut noter, s’il le souhaite, comment il se sent, sous forme de météo intérieure : soleil, éclaircies, nuages, pluie, orage, brouillard, ou « Je ne sais pas ».

  • Pensé pour l’alexithymie : choisir une image est souvent plus facile que nommer une émotion, et « Je ne sais pas » est une réponse acceptée sans jugement.
  • Plusieurs moments par jour, avec l’heure et une description facultative de ce qui s’est passé : utile pour relier un événement à ce qu’on ressent.
  • Le vrai calendrier, pas celui du jeu. À côté de chaque jour, ce qui s’est passé en jeu (jours joués, crises, cuillères au coucher), comme support de discussion, jamais comme une analyse.
  • Aucune pression : pas de série de jours, pas de reproche si on oublie, une invitation discrète au coucher qu’on peut désactiver.

Pour ma séance

Le patient prépare un résumé en texte pour vous le montrer, vous l’envoyer ou le copier. C’est lui qui choisit ce qu’il contient, et un aperçu lui montre exactement ce qui partira :

Mon espace, onglet Pour ma séance : la période (7 jours, 30 jours, Tout), les choix Descriptions, En jeu, Mon carnet et Mon profil, l'aperçu du texte qui sera envoyé, et les boutons Copier et Envoyer par mail.
« Pour ma séance » : le patient choisit ce qu’il partage et voit l’aperçu exact.
  • la période : 7 jours, 30 jours ou tout le journal ;
  • les moments notés (date, heure, météo), avec ou sans descriptions ;
  • ce qui s’est passé en jeu ;
  • ce qui lui parle dans son carnet : les actions atypiques et les rencontres qu’il a marquées « Moi aussi » ;
  • son profil (sensoriel, TDAH, forme de crise), désactivé par défaut.

Sur téléphone, le bouton Partager ouvre la fenêtre de partage habituelle (mail, messagerie…). Sur ordinateur, le patient peut copier le résumé ou l’envoyer par mail.

En séance, il suffit souvent d’ouvrir « Pour ma séance » ensemble, sur l’appareil du patient : rien ne quitte alors son téléphone.

5. Pistes d’utilisation

Première séance

Régler ensemble le profil sensoriel et la forme de crise, puis jouer une matinée. Laisser le patient commenter ce qui lui ressemble ou non.

Travailler la crise

Scénario « Au bord de la crise » : repérer les signaux, essayer ce qui aide, puis construire un plan de crise pour la vraie vie.

Préparer le travail

Scénarios « Retard », « Réunion », « Convocation » : parler des aménagements raisonnables et de la façon de les demander.

Énergie et burn-out

Scénarios « À bout d’énergie » et « Au bord du burn-out » : théorie des cuillères, priorités, droit de ralentir.

Adolescents

L’école, la fête, les routines du dimanche : des situations proches de leur quotidien, sans enjeu scolaire réel.

L’entourage

Le patient peut montrer à sa famille, un enseignant ou un employeur « voilà ce que je vis », avec son propre profil.

6. Repères éthiques et confidentialité

  • Pas un outil de diagnostic. Le jeu illustre des expériences fréquentes ; il ne mesure, n’évalue ni ne classe personne.
  • L’identité n’est jamais imposée. Le genre du Profil ne donne qu’une apparence de départ, modifiable à tout moment.
  • Jamais de punition ni de culpabilisation : les crises sont montrées avec respect, l’énergie qui manque n’est jamais un échec.
  • « Mon espace » est facultatif, et le jeu le dit clairement : un joueur peut jouer sans jamais l’ouvrir. À proposer, jamais à imposer.
  • Aucune donnée n’est collectée. Tout reste sur l’appareil du joueur, y compris le journal d’humeur. Rien n’est envoyé sans une action explicite du joueur.
  • Un mail n’est pas un canal confidentiel. Si le patient choisit de vous envoyer un résumé par mail, c’est lui qui décide de ce qu’il contient.
  • Respecter le rythme. Certains contenus (crise, burn-out) peuvent toucher. Le réglage « Ressenti de crise » et la désactivation du burn-out permettent d’adapter.

7. Vos retours comptent

Le jeu évolue avec les retours des professionnels qui l’utilisent. Une mécanique vous semble cliniquement juste, ou au contraire maladroite ? Un scénario vous manque ? Écrivez-nous : yoda@supertsa.com.

© Super TSA. Merci de citer la source lors des formations. Ce support n’est pas un dispositif médical et ne se substitue pas à une évaluation clinique.